top of page

la filière déchet

  • Photo du rédacteur: Marie Francis
    Marie Francis
  • 7 févr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 mai



Il y a une réalité de l'industrie de la construction qu'on évite souvent de regarder en face : chaque fois qu'on construit, qu'on rénove, ou qu'on démolit, on produit une quantité considérable de déchets. Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la rénovation est souvent pire que la construction neuve à cet égard, parce qu’on défait avant de refaire, qu’on mélange les matières à enlever avec celles à installer, et que personne n’a de temps à consacrer au tri quand un chantier roule vite.

Il y a aussi un problème de fond dans nos habitudes de consommation : on remplace souvent une cuisine ou une salle de bain parce que c'est moins cher que de rénover, pas parce que c'est nécessaire. Des matériaux en parfait état se retrouvent aux poubelles parce qu'on n'a ni le temps ni le système pour les revaloriser.

Pour changer les habitudes, il faut d'abord examiner et mettre de l'avant les chiffres. Selon les données de RECYC-QUÉBEC, le secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition génère environ 3,5 millions de tonnes de résidus par année au Québec. De ce total, plus de 1,6 million de tonnes sont directement enfouies, sans même passer par un centre de tri. La politique québécoise de gestion des matières résiduelles s'était fixé comme cible de valoriser 70 % des résidus du bâtiment. En 2023, le taux réel était autour de 26 %. L'écart est énorme, et il ne se résorbe pas de lui-même.

Ce qui rend ce problème particulièrement difficile à résoudre, c'est la façon dont les matières se retrouvent dans les conteneurs. Sur la plupart des chantiers, bois, gypse, métal, plastique, emballages, isolants et déchets divers se retrouvent pêle-mêle dans un conteneur unique. Une fois mélangés, ces matériaux sont contaminés les uns par les autres. Le bois qui a du gypse collé dessus ne peut plus être valorisé comme bois. Le gypse contaminé ne peut plus être recyclé. On se retrouve avec un conteneur plein de matières potentiellement récupérables qui n'ont d'autre destin que l'enfouissement, non pas parce qu'il n'existe pas de filière pour les traiter, mais parce qu'elles n'auraient pas dû être mélangées dès le départ.


La solution, simple en principe, mais exigeante en organisation, s'appelle le tri à la source. Au lieu d'un conteneur unique, on prévoit dès la conception du chantier des conteneurs ou des bacs dédiés à chaque type de matière : le bois d'un côté, le gypse de l'autre, les métaux, les emballages, les résidus non récupérables. Chaque matière est triée au fur et à mesure. La logistique demande une planification en amont, une formation des équipes, et des partenaires de collecte capables de gérer des flux distincts.


Des projets pilotes menés ici même dans Brome-Missisquoi ont démontré que cette approche permet de détourner jusqu'à 75 % des résidus de l'enfouissement sur des chantiers résidentiels, et jusqu'à 80 % sur des constructions neuves. Ce ne sont pas des chiffres théoriques : ce sont des résultats obtenus sur le terrain, dans des conditions réelles, avec des entrepreneurs ordinaires (comme nous !) qui avaient la volonté de faire les choses autrement.


Il existe cependant une "coche” de plus, particulièrement pertinente en rénovation : la déconstruction. Plutôt que de démolir pour ensuite trier les débris, la déconstruction consiste à démonter un bâtiment, ou une partie d'un bâtiment, avec soin et méthode, de façon à récupérer les matériaux avant qu'ils soient abîmés. Des planchers, des portes, des cadres de fenêtres, de la brique, du bois, de la quincaillerie, du lambris : tout ça a une valeur réelle si on prend le temps de l'enlever correctement plutôt que de tout fracasser à la masse.


Voir ce petit court métrage de Recyc-Québec sur le sujet:



La déconstruction coûte plus cher que la démolition. C'est la réalité, et ça vaut la peine d'être dit clairement. Elle demande plus de main-d'œuvre, plus de temps, et une organisation plus rigoureuse. Mais ce surcoût doit être mis en perspective avec quelque chose qu'on oublie trop souvent : les matériaux qu'on récupère n'auront pas à être fabriqués de nouveau ailleurs. Chaque matériau récupéré représente l'économie de son propre carbone intrinsèque, de toute l'énergie et des ressources qui auraient été nécessaires pour le produire à neuf. Dans cette perspective, le coût supplémentaire de la déconstruction n'est pas une dépense supplémentaire : c'est ce qu'il en coûte pour ne pas gaspiller ce qui existe déjà.


La hiérarchie des priorités dans la gestion des matériaux de chantier est d’abord le réemploi direct (donner une deuxième vie à un matériau sans transformation), puis la revalorisation et enfin le recyclage. L'enfouissement reste le dernier recours. Cette logique existe dans les certifications environnementales comme LEED, et elle existe dans la façon dont on essayait de penser nos chantiers chez Construction Rocket depuis des années. Sur un projet récent, nous avons détourné plus de 80 % des matières destinées à l'enfouissement vers ces filières. Ce résultat a demandé surtout de la rigueur, de l'organisation, une équipe engagée, et des clients qui voulaient vraiment faire les choses autrement, pas juste cocher la case "environnement". C'est cette combinaison-là qui fait la différence.

Et ça ne se fait pas sans la collaboration d'entreprises qui ont la volonté d'offrir des solutions plus clé en main pour accompagner les constructeurs dans cette démarche, avec des conteneurs adaptés, une logistique planifiée et des centres de tri régionaux qui se développent. Écotri Désourdy, basé à Bromont, fait partie de ces acteurs qui ont décidé d'aller plus loin que la location de conteneurs pour construire une vraie filière de récupération des matières de chantier, de la collecte au réemploi. C'est le genre d'initiative qui mérite d'être reconnue et soutenue.



Ce qui reste à faire, c'est de normaliser l'exigence : que le tri à la source devienne automatique, pas l'exception. Un chantier propre, bien organisé, où les matières sont gérées avec soin, c'est aussi un signe de professionnalisme. Et dans une industrie qui produit encore trop de déchets, c'est une façon concrète, immédiate et mesurable de faire mieux.


Quelques liens pour approfondir vos recherches:

projet pilote de tri en chantier





 
 
  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
CBDCa_Membre_RGB_Web_Large.jpg
Logo-Novoclimat-1224670008.png
bottom of page